
MARQUE
Euregah
ANNÉE
1898
CARROSSERIE
Vis-à-vis
ÉPOQUE
La Prouesse (1895-1905)
PLACES
4
Vert foncé et jaune, ailes en bois, réservoir et lanterne en cuivre — une silhouette de 1898 qui ne ressemble à rien d'autre. Les quatre passagers se font face, genoux serrés, portés par un moteur monocylindre dont le son rappelle celui d'une mobylette : frêle, rapide, têtu. Une légère odeur d'essence — la voiture a tendance à fumer. Vingt kilomètres par heure, position de conduite atypique, route devant. Dans une côte prononcée, les passagers peuvent être invités à descendre et à pousser. C'est dans la nature de la chose.

Un inventeur provincial fier de sa machine. Un notable excentrique qui a commandé quelque chose d'unique. Deux personnages face à face, essayant de tenir une conversation malgré le bruit et la fumée. La démonstration sur la place du village — les badauds, le maire sceptique, l'arrivée triomphale qui tourne à la farce douce. La panne dans une côte — on descend, on pousse, on rit malgré soi. C'est du Tati avant Tati : la mécanique qui résiste gentiment, la fragilité du progrès prise avec bonne humeur. Mais il y a autre chose — quelque chose d'émouvant. Cette voiture a existé, quelqu'un l'a construite, un article de journal en a parlé une fois en 1899. Et elle roule encore. Pour un réalisateur, une marque sans nom connu est une liberté : aucune attente du spectateur, aucun héritage à respecter. Toute la place au personnage.